Conseil lecture!

Picasso en BD

 

Picasso, mais hors normes. Comme le personnage d’ailleurs. Deux auteurs bien connus des amateurs de BD, Julie Birmant pour le texte et Clément Oubrerie, le grand dessinateur de la série à succès Aya de Yopougon, ont uni leurs talents pour nous raconter la vie du célèbre peintre qui a bouleversé la vie artistique du XXe siècle et dont on fête le 130e anniversaire de naissance. Un volume plaisant et sympathique qui se lit d’une traite.

 

Trois autres volumes sur Picasso doivent paraître, dédiés respectivement à Apollinaire, Gertrude Stein et Henri Matisse. À signaler que la collection Bouquins de Robert Laffont vient de rééditer le Dictionnaire Picasso de Pierre Daix, dans une édition revue et augmentée.

 

 

Pablo, 1. Max Jacob

Par Julie Birmant et Clément Oubrerie

Éditions Dargaud

CHF 25,50

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Retrouvez chaque mois d’autres conseils lecture dans la rubrique “Littérature” de Tribune des Arts. Celui-ci part à l’impression aujourd’hui!

 

FIN DE BOUCLAGE / DÉBUT DE SEMAINE

 

27 février 2012

Conseil lecture!

 

Livres de Kevin Roberts, CEO WORLDWIDE, SAATCHI & SAATCHI.

 

“L’idéalisme de l’Amour est le nouveau réalisme des affaires. Si elles gagnent le Respect et suscitent l’Amour, les entreprises peuvent changer le monde.”

 

> À lire et à méditer!

24 février 2012

Rémi Ochlik, mort …

… d’avoir raconté l’histoire de ces peuples qui se battent pour leur liberté

 

 

C’est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition de Rémi Ochlik. Le jeune photojournaliste français et la journaliste américaine Marie Colvin ont été tués en Syrie alors qu’ils essayaient d’échapper aux bombardements, a déclaré, bouleversé, le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand.

 


Les deux journalistes ont été tués mercredi 22 février, lors du pilonnage du quartier de Baba Amro, à Homs alors qu’ils se trouvaient dans le centre de presse des rebelles. Neuf personnes ont perdu la vie pendant l’attaque, et trois autres reporters ont été blessés, dont Edith Bouvier du quotidien Le Figaro.

 

Né en octobre 1983, Rémi Ochlik se passionne très jeune pour le grand reportage. Après l’obtention de son baccalauréat en 2000, il suit des cours de photographie à l’Ecole Icart Photo à Levallois Perret. Parallèlement, il entre à l’agence Wostok Press en 2002. Slavie Jovicevic s’en souvient : « Quand j’ai demandé à Rémi ce qu’il voulait devenir, il m’a tout de suite répondu « photographe de guerre ».

 

Au début de l’année 2004, il part à Haïti couvrir la guerre civile qui entrainera la chute du président Aristide. Son reportage sera récompensé par une soirée de projection lors du festival du photojournalisme de Perpignan, Visa Pour l’Image.  À cette occasion, Jean-François Leroy disait de Rémi Ochlik   »On m’a montré un travail sur les événements d’Haïti. Très beau, très fort. Je ne connaissais pas le mec qui a fait ça. Je l’ai fait venir. Il s’appelle Rémy Ochlik, il a vingt ans. Il a travaillé tout seul, comme un grand. Voilà. Le photojournalisme n’est pas mort « .  Voir l’article que nous lui avions consacré lors de Visa 2004 :  L’enfant prodige / Talent à suivre de Natalia Grigorieva.

 

 

 

 

En 2005, avec deux collègues photojournalistes, il fonde une agence de presse photographique nommé IP3 PRESS, dont le but est de fournir les moyens nécessaires a de jeunes photographes pour réaliser leurs projets de reportages.

 

En 2008, Rémi Ochlik couvre la guerre civil au Nord Kivu RDC, en 2010 l’épidémie de choléra qui ravage Haïti ainsi que les élections présidentielles. En janvier 2011 il est à Tunis, et documente la chute de Ben Ali, cette première révolution, l’entrainera vers l’Egypte jusqu’au départ de Mubarak, puis en Libye sur le front de Ras Naluf, la chute de Tripoli, et la mort du Colonel Qaddafi.

 

 

 

 

Le travail de Rémi Ochlik a été publié par de nombreux grands titres de la presse nationale et internationale, dont Le Monde, Paris Match, VSD, Time et The Wall Street Journal.

 

Cette année, Rémi Ochlik avait soumis à notre rédaction son dossier de candidature à la Bourse du Talent Reportage. Ses images, aussi terrifiantes qu’humaines, retracent l’histoire des récentes révoltes arabes. « Au travers ces 25 images, accès sur l’humain, retour sur les trois principales révolutions du « Printemps Arabe », la Tunisie, l’Egypte, la Libye, » écrivait-il dans son texte de présentation. « Le but de ce travail de prés de cinq mois réparti sur toute l’année 2011, au delà du news et de l’image d’actualité pure, est de raconter une véritable histoire humaine, celle de ces peuples qui se sont battus pour leur liberté. »

 

Source : Lettre de la photographie.com

 

 

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Pire qu’une drogue ou les souvenirs de guerre d’un jeune reporter

Le 4×4 se rapproche inexorablement d’un barrage. On prie pour que les Chimères qui s’y trouvent sachent lire afin qu’ils puissent voir « international press » sur le véhicule. (…) La bouche déjà pâteuse, on allume une cigarette qui n’a plus de goût, qui brûle la gorge. Les portières s’ouvrent, on est sorti de la voiture, une arme automatique sur la tempe. On pense à sa famille, au jour de son enterrement et à un tas de choses hors contexte. Le pire, ce sont leurs yeux : rouges, vitreux, sans vie. Complètement shootés au crack, ils sont capables de tout, surtout du pire. Ils hurlent des ordres en créole qu’on ne comprend pas. On est fouillé sans ménagement, toujours le canon de l’arme sur la tempe. Ils cherchent des armes. L’un d’entre eux nous fait signe de remonter dans la voiture, les autres ne sont pas d’accord. Ils crient, se battent entre eux à coups de bâton. On n’en mène pas large. On a vingt ans et pas vraiment envie de mourir. On donnerait tout pour être loin, très loin, ne jamais être venu. Témoigner ? La belle affaire ! Pour qui ? Pour quoi ? Tout le monde s’en fout de cette île pourrie. Ils peuvent bien s’entretuer, le monde n’en a cure. Et nous, on est dans la merde. Il suffirait d’un rien pour un coup parte, que l’on se retrouve à terre. Puis, il y a cette détonation, les tympans semblent avoir explosé, on n’entend plus rien. Une distance se créée entre le cerveau, la pensée et l’extérieur, on est comme dans une bulle. On voit leur bouches s’ouvrir sans aucun son n’en sorte. L’imbécile qui vient de tirer semble content de lui. Ils ont fini par se mettre d’accord, on peut partir. (…) On est livide, médusé. Mais on est passé. L’adrénaline redescend, les nerfs se relâchent. On éclate de rire, un fou rire étrange et déplacé, mais incontrôlable. Le cœur commence à retrouver un rythme plus régulier quand au loin, on aperçoit un autre barrage… Ce soir-là, en revenant du nord du pays, sur la route St Marc / Port-Au-Prince, on a croisé six barrages semblables à celui-ci. Plus de trois heures pour parcourir cinq malheureux kilomètres. (…) On pense à cette étrange dualité que créée la guerre. On vient de vivre des instants terribles, pendant lesquels on aurait vendu les êtres les plus chers pour être loin de cette merde, et pourtant nous voilà, à peine sorti d’affaire, avec une seule envie, une seule idée fixe : y retourner, encore et encore, sentir cette peur à nouveau, cette montée d’adrénaline si puissante. La guerre est pire qu’une drogue, sur l’instant c’est le bad-trip, le cauchemar. Mais l’instant d’après, une fois le danger passé, on meurt d’envie d’y retourner prendre des photos en risquant sa vie pour pas grand chose. Il y a une sorte de force incompréhensible qui nous pousse à toujours y revenir…

 

Rémi Ochlik,
Au retour d’Haiti, Paris, 2004.

 

23 février 2012